Passer au contenu

POÉSIE

Trois poèmes pour les Trois Rêveries, pour piano.

I

A peine le vent ride-t-il la surface
tandis que s'écoule le souvenir
une voile nonchalamment sinueuse
Tout ce temps
lentement
presque le vide
Rien de plus calme au-dehors comme en-dedans
Soudainement
L'image de cet enfant fragile
Son regard dit : "pouvez-vous m'aider ?"
Est-ce vraiment un voyage ?
N'est-on pas déjà arrivé ? Déjà ?
Il n'y a rien de plus, rien d'autre.

II

Crois, mon être, crois
Que même dans l'ombre des crépuscules
Se dessinent les contours de mondes nouveaux
Vois, mon être, vois
Comme même l'ouragan fait place à la dévente
Et que des vagues ne reste qu'une onde plus paisible
Il en sera toujours ainsi, mon être,
De la confrontation, de l'affrontement, du dépassement,
Épreuves, épreuves sur épreuves encore
Quoi donc de tout cela ?
La lueur de presque demain
Source de l'effort inépuisable
Et
Une paix durable
Oui, mon être, demain.

III

Dans la fraîcheur du matin, la chaleur commençante,
douce et tendre,
accompagne calmement
un regard d'espoir, tout blanc.
Petit enfant aux mains minuscules,
aux petons si mignons,
à la tête presque ronde,
au sourire de lumière,
tu ris à chaque étincelle de joie,
tellement, tu ris tellement !
Respire, petit petiot,
respire en confiance, pleinement,
ici, ta valeur est plus que reine:
tout est gentil dans ce qui t'entoure.
Paupières éveillées,
les tintements magiques de ton carillon coloré
appellent l'avenir de tous ses sons mêlés.

19 juillet 2020

Respiration contrainte, au commencement,
L'humeur déjà excitée s'alourdit encore ;
Les fissures du corps, comm' un craquèlement,
S'ouvrent sur le destin, à l'heure de la mort.
La nuit est imminente, le tambour, palpitant ;
Elle annonce la perte, et la peur du temps.
C'est si soudain, des secondes comme des heures :
Nocturne éternel, une vie contr' un cœur.
Le sol, comm' une mer levée, haute, cassée,
Perturbe chaque pas, je ne marche plus droit.
Ma tête dans un étau, l'esprit fracassé,
Tout chancèle, ou je titube, maladroit.
Il y avait là-bas des maisons éclairées,
Il y avait aussi des silhouettes figées,
Mais le venin des mots choisis pour rendre fou
Les a transfigurées en un horrible écrou.
Au paroxysme de l'angoisse écarlate,
Une brutale désorientation totale
Te laisse intoxiqué, mordu par le crotale
Au sang froid, au masque double du psychopathe.
Rituel trouble, secret malsain, passé caché,
Des suites tremblantes, l'avenir souterrain
Tirera le chemin de ton sein arraché : 
Pour toute malédiction, un retour serein.

14 juillet 2020

Ce n'est pas d'où tu crois que viennent les rayons de lune
Que les charmes mystérieux t'ensorcèleront tendrement.
Si tu savais comme les façades peuvent être trompeuses,
Si tu entendais comme certains chants sont factices.
Tu n'as pas encore l'âge de saisir les leçons de l'âge,
Et pourtant tu endures déjà ses premières défaites.
Ne dis plus : jamais,
Ni toujours, ni absolument.
Garde-toi du noir et du blanc :
C'est des nuances que vient la saine tempérance.
Sache ceci :
Il y a tellement plus qu'un oui ou qu'un non
Lorsque la porte s'ouvre sur un monde encore inconnu.
Viendra-t-elle ? Sauras-tu la reconnaître ?
Vers là-bas d'abord, le saut de l'audace :
Deux univers incroyablement divers ;
Deux univers, et l'univers qui nous contient.

2 janvier 2020

Un petit garçon voulait un petit chat
- Un tout p'tit chat rien que pour lui.
Il avait demandé à sa maman à son papa
S'il pouvait en avoir un, rien que pour lui.
Un petit chaton pour l'aimer,
Un petit minou pour jouer,
Un mistigri tout doux,
Un ami pour la vie.
Ses parents n'en voulaient pas;
Ne voulaient pas s'en encombrer.
Ils disaient qu'un chat c'est plein de maladies,
Qu'un chat ne sert à rien,
- "C'est encore moins bien qu'un chien",
Mais d'un chien non plus, ils ne voulaient pas.
Un jour, dans le jardin du petit garçon,
Un petit chat s'était perdu,
Tout jeune et tout tigré.
Le petit garçon souhaitait lui faire une maison,
En l'encerclant d'un paillasson.
Alors, il l'a coincé, entre le mur et le tapis,
Et c'était plutôt une minuscule prison.
Aussi, le petit chat tout apeuré
A sauté, sauté pour s'en aller.
Puis le petit chat s'est enfui,
Griffant le petit garçon,
Et celui-ci comprit qu'il préférait
La liberté du petit chaton.
Enfin, le petit garçon, resté tout seul,
Jura qu'il ne dirait jamais plus
Qu'il voulait un petit chat rien que pour lui.

10 décembre 2019

 Celui qui n'en peut plus, celui qui, obsédé par le noir,
a presque tout perdu : qui lui rendra son talent ?
Ses pensées sont d'un rouge profond
de ce qui coule lorsqu'on s'en va
(minable volonté,
torture interminable).
 Qu'est-ce qui retient l'écorché de sauter ?
Celui aux cicatrices encore discrètes,
celui qui craint la vie du jour comme le vide du soir :
il s'agrippe lâchement, voulant tout autant
qu'on le laisse
ou qu'on le sauve
en même temps .
 Ne pas savoir : au bout du peut-être, un sans doute, mais quand ? 

26 novembre 2019

Dans le livre des lendemains
Se trouvent les doigts unis et la fraîcheur du rire,
Les cieux de ses lèvres et l'oiseau de ses yeux.
Dans le livre de ses mains
Se lisent de petites étincelles;
Elles embrasent l'espérance,
Le projet d'un ensemble et le projet d'un plusieurs.
Dans le livre du chemin,
Les chances s'enlacent, les corps s'embrassent,
Le miracle intime caresse le lien d'une vision soutenue.
Il est écrit dans le livre de demain
Que les peines s'adouciront,
Que les terres fleuriront,
Et que règnera sur ton front une liesse jamais connue.

12 novembre 2019

 Ton front fut si longtemps couvert de nuages,
Les yeux faux t'ignoraient, le non-dit saccageait,
Et la gifle du réel t'imposait de douloureux virages.
 Tu criais sourdement depuis la crevasse noire,
Te rapprochant prise par prise d'une délivrance éternelle,
Mais tu chutais souvent, perdant parfois courage.
 Abandonne les labyrinthes des visages faussés,
Laisse la surface aux passants de l'oubli :
Tu respires l'océan, tu portes la beauté,
Celle qui transfigure les maux vissés dans ton corps.
 Je pense à toi qui lutte,
Je pense à toi qui sais l'obscur,
Je pense à toi qui cherche,
Je pense à ton avenir radieux,
À toi, lumière de toutes les lumières.

5 novembre 2019

 Et du vent tu sentiras l'effroi de l'inexistence-même,
Quand le temps ne suffira plus pour couvrir tes failles.
Viens, viens, brume épaisse, cacher le chaos sans fin,
Et masquer l'étouffante pénombre déjà bien trop sombre.
 À la limite du froid perçant et du tremblant vertige,
Le présent désemparé couve l'erreur dangereuse et déchire
Le silencieux regard qui fut un jour illuminé,
Prodigieux élan pour toujours rendu mirage.

Trois poèmes pour la sonate pour cor et piano Au large, l’étendue.

I.

Au large, l'étendue
Le lointain n'est plus un rêve :
Il est là, devenant l'ici
Sans trace humaine autre que soi-même.
 Dans la plénitude de l'horizon ouvert,
Le fond de l'être sourit doucement.
L'élan intérieur résonne comme s'éveille l'esprit.
 Rondeurs aurorales, pleines de lumière douce,
Rayonne le regard porté vers l'ailleurs
Que seul arrête le firmament.

II.

Des ténèbres la mémoire
- souvenirs de guerre et de paix
(mais de guerre contre toi-même surtout) -
S'efface, tranquillement.
 Gonflé d'espoir, de bonheur et de vie,
Marche, marche au-devant
D'un pas sûr et serein,
Puissant et souverain.
 Car le grandiose t'appartient,
Car le souffle te traverse,
Car en toi s'émerveille, une nouvelle fois,
Le désir du midi et de son évidente clarté.

III.

Fugace
Rebond furieux,
Dans la course intrépide,
Ton énergie frénétique dans son incessante ascension,
Passe par les flammes,
Dépasse la première montagne
Et les reliefs suivants aux accents de foudre

Vivace
Brûlure violente,
Sur ton chemin tortueux,
Attaque l'ombre de l'échec,
Traque les pousses du désespoir
Et les fosses obscures de sa mélancolie tenace.
Et s'il le faut, reviens
sans revenir tout à fait :
La vie que tu conquiers,
Quand bien même tu la perdrais à jamais,
Tu l'auras toujours eue.

6 avril 2014

Vagabond du vrai, voyageur du destin,
Pointent en toi le lointain souvenir du sang,
Les gestes éperdus d'une course effrénée;
En toi s'ouvre encore la plaie
Cent fois rouverte, cent fois guérie.
Tremblent la sauvage violence
La puissance du regret qui te pousse avec rage
Vers d'autres collines, d'autres villes, d'autres rivages.
Vagabond du vrai, voyageur du destin,
Sauras-tu trouver toujours en toi-même
La montagne impassible et le paisible matin ?

© Charles van Hemelryck 2019