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MEDIAS

La source d’inspiration principale de ce concerto pour cor réside dans une sorte de proverbe d’origine incertaine : «  Tourne-toi vers le soleil, et l’ombre sera derrière toi. » Depuis plusieurs années, je me passionne pour des thèmes artistiques ancrés dans les émotions positives — des états d’esprit enthousiastes ou paisibles, empreints d’une énergie joyeuse ou rayonnante. Ce concerto pour cor est une nouvelle fois l’expression de cette passion. La signification de ce proverbe est puissante, et sa vérité est indéniable. Je suis attiré par sa force motrice. Cette pièce se veut une traduction musicale de cette idée.

L’œuvre suit une sorte de voyage – de l’ombre vers la lumière, de la lourdeur vers la légèreté – en trois mouvements joués sans pause. Le premier mouvement explore les ténèbres et le chaos : des masses écrasantes alternent avec des expressions désordonnées, faisant écho à des pensées éparses et désorientées. Le cor émerge comme une voix fragile, plaintive et hésitante de l’individualité. Le deuxième mouvement poursuit cette expression, mais avec un esprit qui commence à s’affirmer dans une solidité retrouvée. La complainte cède la place à la résolution ; ce qui était autrefois chaotique devient une transcendance du tragique. Après une transition qui adoucit le discours vient le mouvement final – au rythme rapide, une véritable libération, l’expérience apaisante et revigorante de la lumière. Le cor, ayant définitivement surmonté ce passé douloureux, engage un dialogue vibrant avec l’orchestre, rayonnant de vitalité.

Avec Christian Georgy (clarinette), Véronique Ngo Sach-Hien (piano) Françoise Temperman (alto)

Avec Tommi Hyytinen (cor), Fanny Söderström (piano)

La pièce pour orchestre à vents Éloge de la Raison a été inspirée par la lecture du livre du philosophe américain Michael Lynch, duquel j’ai emprunté le titre.

A une époque où les émotions sont considérées quasiment comme une valeur absolue, où parfois l’expression de celles-ci se déchaîne sur les réseaux sociaux, j’ai trouvé que rappeler la valeur de la raison prenait tout son sens. La raison est une faculté humaine universelle, et qui a vocation à nous rassembler, qui nous permet de rechercher la vérité, et de nous mettre d’accord. L’esprit des lumières est également convoqué, ainsi que la capacité de la raison à clarifier les pensées, à sa capacité de discernement des émotions, à trouver l’ordre à partir du chaos. L’idée maîtresse de clarification progressive traverse la pièce, à travers différentes formes. Au-dessus de formes mouvantes culmine une énergie lumineuse, et après un apogée sonnant comme une célébration s’ensuit un mouvement rapide, empreint d’une humeur joyeuse : la joie de comprendre, la joie du partage, la joie du rationnel.

« Que dois-je faire de bien aujourd’hui ? » Chaque matin, Benjamin Franklin se posait cette simple question, dans sa routine vertueuse. J’ai trouvé cette citation alors que je lisais des écrits sur les habitudes quotidiennes des grands hommes, après avoir commencé à composer cette pièce. J’ai senti instantanément que cette phrase ferait un titre parfait pour cette musique. La vision que j’en avais premièrement était celle d’une pièce joyeuse, pleine d’une énergie bienveillante et du genre d’humeur qui nous habite lorsque l’on s’est réveillé bien reposé, que l’on prend un bon petit-déjeuner et que l’on commence sa journée avec enthousiasme, décidant ce que l’on projette d’achever avant la fin de la journée.

Chacun peut faire sienne cette question. Je crois qu’elle est fondamentalement universelle. Non seulement Benjamin Franklin était un des pères fondateurs des États-Unis d’Amérique, mais il était aussi un homme qui travaillait continuellement à s’améliorer. En d’autres termes, il peut être une inspiration pour chacun d’entre nous, nous incitant à essayer de devenir de meilleures personnes et à accomplir de grandes choses. Un pas après l’autre, tâchant d’avancer grâce à des efforts constants, avec courage et patience.

La musique de la pièce n’est pas programmatique. Elle est construite en trois mouvements liés l’un à l’autre, mue presque en permanence par une vigoureuse pulsation rythmique. La pièce commence dans une humeur vivante, dynamique, et évolue vers un thème brillant à la fois swinguant et proche du style d’une fanfare. La musique se termine dans un mouvement joyeusement dansant avant de conclure triomphalement.

Avec l’Ensemble Spira, direction Kari Turunen

« Présence
simple présence
dénuée d’heure
d’âge de siècle même,
simple et somptueuse
présence

face à la houle océane
au va-et-vient sans fin
de la vague
au souffle au rythme de sa rumeur
obsédante obsédée.

Somptueuse magnificence
simplement être

respirer

être cette vie
qui respire

face à l’océan
à son ample et tumultueux respir. »

Georges-Emmanuel Clancier

Avec Natacha Salles (soprano) et Rémi Atasay (piano)

« The mind which has become accustomed to the freedom and impartiality of philosophic contemplation will preserve something of the same freedom and impartiality in the world of action and emotion. It will view its purposes and desires as parts of the whole, with the absence of insistence that results from seeing them as infinitesimal fragments in a world of which all the rest is unaffected by any one man’s deeds. The impartiality which, in contemplation, is the unalloyed desire for truth, is the very same quality of mind which, in action, is justice, and in emotion is that universal love which can be given to all, and not only to those who are judged useful or admirable. Thus contemplation enlarges not only the objects of our thoughts, but also the objects of our actions and our affections: it makes us citizens of the universe, not only of one walled city at war with all the rest. In this citizenship of the universe consists man’s true freedom, and his liberation from the thraldom of narrow hopes and fears. »

Bertrand Russell, On the Value of Philosophy.

© Charles van Hemelryck 2022